Dans un lieu si spirituel et artistique que l’église Saint-Georges d’Hermance, un orgue électro-acoustique poussif ne convenait plus. Nous décidâmes, dans le cadre d’une petite équipe dynamique réunie sous la présidence d’André Rochat, de doter l’église d’un orgue adapté et pour cela de fonder à Hermance l’association adéquate, avec le projet d’y organiser ensuite des concerts.

Une souscription par tuyau fut organisée et tout le monde mit la main à la poche, principalement la Marquise Geneviève Costa de Beauregard, la Commune d’Hermance et l’Etat de Genève. Les fonds furent rapidement trouvés.

Geneviève Costa de Beauregard, en titre également Baronne d’Hermance ( ! ) fut notre marraine très aimée et attentive à tous nos besoins, qui contribuera ensuite jusqu’à sa mort à tous les moments importants de l’Association, dont le placement d’un carillon savoyard dans le clocher et la création de plusieurs oeuvres. La paroisse d’Hermance lui doit beaucoup.

Il fallait d’abord réaliser une étude des besoins en liturgie,  en acoustique, en dimensions et emplacement de l’instrument. Il fallait faire aussi une œuvre nouvelle originale, afin d’enrichir le patrimoine genevois, éviter de construire un orgue à tout faire de plus.

Diverses réunions nous conduirent à réaliser un dossier, à trouver un expert et à constituer un appel d’offres européen. C’est la fabrique des frères Mascioni de Cuvio qui fut retenue sur les 5 dossiers sélectionnés dans un premier temps. Les critères étaient le suivants :

  • l’église d’Hermance servait le château savoyard aménagé par le Comte Pierre II tout autant que le village enserré dans une muraille contre l’ennemi : Genève !
  • il n’y avait pas d’orgue italien historique à Genève.
  • L’emplacement désigné par les besoins liturgiques – la tribune – manquait de hauteur et de surface pour un orgue important.
  • L’acoustique très réverbérante de l’architecture modifiée à la Renaissance demandait un instrument léger.

Le choix d’un instrument italien nouveau créé sur les plans d’un orgue imaginaire napolitain de la fin du 17ème siècle répondait à tous nos besoins :

Italie parce que dans la lignée savoyarde. Le célèbre facteur et restaurateur italien Mascioni pour assurer la tradition.

Châtaignier parce que la route du sud servait à importer à Hermance ces arbres imputrescibles qui permettaient de construire les galères et autres batelleries dans l’important port médiéval d’Hermance.

Côté acoustique, pas de tromboncini ni de jeux d’anches à accorder régulièrement (chauffage d’hiver !), petite taille et simplicité du buffet, octave courte dans le grave – gain de place –  et possibilité  de manœuvrer les soufflets manuellement sans électricité, volets de face pour jouer avec la force d’expression.

Tout cela joint à la technique italienne du ripieno et à la parfaite maîtrise de Luigi Ferdinando Tagliavini, l’expert désigné devenu un ami, au travail remarquable de la famille Mascioni jusqu’à la réalisation d’un tempérament doucement inégal mettant en valeur l’interprétation baroque, et voici un petit chef d’œuvre d’instrument que les paroissiens et très nombreux mélomanes, élèves d’orgue ou professionnels attirés par sa qualité fêtent encore 40 ans plus tard avec l’impression que cet orgue date d’hier !