Oper in 3 Akten von Franz CURTI (1854 – 1898)

Notes critiques

Sources
L’Opéra de Zürich n’a conservé ni la partition ni les matériels d’orchestre & choeur de l’oeuvre donnée dans ses murs, malgré le succès que la critique releva pour la création du 11 février 1898. La raison semble en être, mis à part l’incendie de la bibliothèque de l’Opernhaus en 1906 (année à confirmer), que les reprises de l’oeuvre à Zürich et à Bern (1899 et 2006) n’ont débouché ni sur le regroupement ni sur la conservation des diverses parties.

J’ai pu retrouver, uniquement à la Zentralbibliothek Zürich, en transfert de l’Opernhaus, les parties suivantes, manuscrites, regroupées en 825 pages :
le Klavierauszug des actes 2 et 3. Hélas, l’acte 1 n’a pu être retrouvé nulle part, ni la Partitur, pourtant imprimée chez Günther à Dresden.
Les parties vocales, avec des annotations en bleu concernant des coupures et des modifications de lignes mélodiques. Cela est dû certainement au changement de solistes entre Zürich et Bern, avec un ajout au crayon de l’écriture allemande moderne dans certaines parties.
Les parties complètes des cordes, avec même un 4è pupitre des violons 1 non utilisé. Cela confirme à mes yeux le fait que, les fosses d’orchestre ne pouvant en général accueillir plus de 40 musiciens dans de nombreuses maisons d’opéra encore à cette époque (et encore maintenant dans les anciens théâtres à l’italienne), on se contentait de ne faire jouer que 4 ou 6 premiers violons pour pouvoir faire entrer tous les vents, harpe et percussions.
Quelques trop rares parties de l’orchestre de scène.
Une édition imprimée chez Günther des 3 choeurs à voix égales de l’acte 1, sans accompagnement.

Le tout est digitalisé et à disposition dans ma bibliothèque, en espérant que ce qui manque pourra un jour être retrouvé. Rien à Bern, ni Appenzell, ni ailleurs. A étudier un éventuel fonds qu’aurait pu léguer le chef d’orchestre de la création. Mais la partition de direction devait être restituée au théâtre.

A noter que seront peu à peu déposées numériquement dès janvier 2020 à la bibliothèque musicale de la Ville de Genève, reliée à toutes les bibliothèques importantes à travers le monde grâce à internet, toutes les oeuvres retrouvées complètes de Franz Curti. 

Travail de restitution

Sur la base de ces documents, j’ai reconstitué un chant-piano attentif et complet de tout l’opéra, transcrit sur informatique par Serge Margraff en Alsace, et édité aux bons soins de l’Opéra-Studio de Genève, grâce à un financement spécial de Beat Curti de Zürich.

Les variantes mélodiques ont été conservées en général, quand elles sont indiquées par le copiste selon les indications du compositeur, ce qui éclaire sur ses choix vocaux concernant les solistes. Comme souvent, les solistes d’une distribution postérieure adaptent la partition à leurs possibilités.

Régulièrement, des petits ajouts techniques renvoient aux pages manuscrites à toutes fins utiles.

Certaines parties ont été complétées dans l’esprit du compositeur, mais les trous trop importants sont laissés vides car il faut pour une prochaine interprétation pratiquer certaines coupures en l’absence d’indications suffisantes, sur les mélodies des bois manquantes par exemple.
L’orchestre de scène (bois) semble avoir pour but unique de soutenir les choeurs : il n’est donc présent comme eux que dans le premier acte.

Les parties des vents manquant cruellement, je me suis appuyé sur les à-défaut indiqués ça et là pour reconstituer certaines lignes mélodiques.

C’est ici le moment de souligner le sens mélodique élégant de Franz Curti et son appartenance au style romantique allemand confiant d’importantes parties aux vents. Son écriture, non sans lien avec le style de la Hausmusik dont il était un ardent promoteur à Dresden, constitue à mes yeux un lien très intéressant entre Wagner et Mahler. Son apport à la vie artistique suisse est aussi remarquable.

On constate aussi que, d’une part, il reprend dans ses oeuvres antérieures des mélodies complètes et des tournures également harmoniques, et que, d’autre part, il s’attache à écrire tous ses opéras en s’inspirant des prénoms donnés à sa famille proche. 

Une création de cette oeuvre reconstituée, mise espace et en costumes avec décor, a pu être menée à bien dans le cadre de l’Académie d’opéra d’été Europa Musa à Samoëns (Haute-Savoie), en juillet 2018, organisée par l’Opéra-Studio de Genève.

Notes ethnomusicologiques

Franz Curti étant resté très attaché à sa ville d’origine, Rapperswil, surtout par le biais de son oncle Alexander, il écrivit 2 opéras importants qui concernent ce lieu : Reinhardt von Ufenau, le Roméo et Juliette de la Suisse allemande, et Das Rösli vom Säntis, en l’honneur de cette montagne mythique que l’on voit depuis sa ville.
D’autres oeuvres le rattachent à la Suisse : Die Gletscherjungfrau, qui fait référence directe au fameux mythe des Alpes, et de nombreuses oeuvres de circonstance, commandes de plusieurs choeurs et fêtes fédérales de chant pour lesquelles il était invité dans le jury.
Il garde la typographie allemande dans toute son oeuvre, à l’exception de 2 choeurs écrits en suisse allemand : Jörg pour Jürg, Reinhardt pour Reinhart, etc.
Il indique et utilise clairement des instruments de la région :
Le Betruf est indiqué Holz – pour Holztrichter – au 3ème acte, à ne pas confondre avec les à-défaut des bois servant à assurer les entrées des chanteurs par exemple. Ce pavillon en bois sert à la recherche du Franz dans la montagne, que le compositeur fait jouer en écho par les chanteurs solistes.
Les cithares appenzelloises ( et non les Hackbrett), pour lesquelles Franz Curti use d’une écriture chiffrée non pratiquée de nos jours. Il s’agit d’un instrument populaire trapézoïdal en bois à cordes frappées dont il avait appris lui-même à jouer dans ses jeunes années. Un petit orchestre de cithares est requis pour accompagner les choeurs d’enfants et de jeunes filles dans l’acte 1.
Et bien sûr, rois des instruments de la montagne, 2 cors des Alpes, qui semblent avoir été joués par des virtuoses avec des notes improbables (chantées?) si l’on en croit la partition. Mais peut-être leurs parties étaient-elles simplement improvisées dans le cadre harmonique de l’orchestre ? Cela me paraît plus vraisemblable.
Le personnage de la Sennerin ou Sennin (gardienne du troupeau à l’alpage) est un rôle parlé. Il est noté sur la corde de récitation de do.
La scénographie originale s’est attachée à la reconstitution appenzelloise (Meglisalp à Schwende, Rhodes Intérieures), avec des paysans qui se rebellent contre la gouvernance et la soldatesque de Saint-Gall, canton dont fait partie Rapperswil ! Le sommet du Säntis sert de frontière aux 3 (demi-) cantons. On trouvera ci-après les reproductions de 2 décors prévus pour la création de l’oeuvre, planches conservées au Roothuus Museum de Gonten.

JM Curti, Hermance, le 30 décembre 2018

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Edition Opéra-Studio de Genève, Restitution Jean-Marie Curti